Il y a trois mois, lors de notre traditionnelle journée Portes Ouvertes, j’ai été abordé par une gentille dame,  dans la septantaine,  qui voulait me demander conseil à propos de son mari affligé de plusieurs maladies. Si je me souviens bien, cet homme souffrait à la fois d’arthrose, de diabète, d’hypercholestérolémie et d’un probable début d’Alzheimer car, me dit son épouse, il « commençait à perdre la tête ».  Malgré qu’il soit suivi par « des sommités médicales dans des hôpitaux réputés », ses traitements étaient inopérants et son état s’aggravait de jour en jour. Après ma mise au point habituelle (je ne suis pas médecin et  je ne donne pas de conseil d’ordre médical), j’ai simplement fait deux suggestions hygiénistes, celle de privilégier une alimentation de type paléo/cétogène et celle de pratiquer une activité physique soutenue. J’insistai particulièrement sur ce deuxième  point car les maux du mari étaient  de ceux qui s’accentuent par la sédentarité et qui s’améliorent souvent par le mouvement.  Comme la visiteuse restait silencieuse, je lui demandai à quel genre d’exercices s’adonnait son époux et elle me répondit tout bas qu’ « il marchait quotidiennement dans l’appartement ». Interloqué, je m’enquis alors de son âge : « 93 ans, me dit-elle, il a presque  20  ans de plus que moi ». Là, c’est moi qui me suis tu, car je préfère me taire que de blesser autrui par des réflexions maladroites. C’est intérieurement que j’ai pensé : mais pourquoi diable cet homme si âgé n’accepte-t-il pas son âge et les inévitables outrages de la vieillesse ? Pourquoi, alors qu’il a déjà allègrement dépassé l’espérance de vie masculine en Belgique, ne se prépare-il pas sereinement pour le dernier voyage  au lieu de « courir » les cabinets médicaux et les cliniques ? Serait-ce la peur de mourir ? Et celle-ci serait-elle liée à la démence sénile ?
 
Pour moi, cette dernière question n’est plus une interrogation : je suis persuadé que la maladie d’Alzheimer trouve sa cause dans la peur du trépas et  l’inacceptation de l’inéluctable. Je sais que tous les ouvrages de décodage avancent une autre explication – celle d’une accumulation de conflits et de leur résolutions qui finissent par détériorer inexorablement le cerveau – , mais je ne partage pas cette interprétation teintée de matérialisme et de défaitisme.  Si la dégénérescence cérébrale était le résultat « mécanique » de multiples cicatrices émotionnelles,  ce fléau serait encore plus répandu qu’il ne l’est et ne serait pas l’apanage de notre époque contemporaine, ni  une quasi exclusivité de la civilisation occidentale. En revanche, ce temps (l’ère moderne) et ce lieu (les pays industrialisés) sont le théâtre spatio-temporel de ce que maints sociologues et philosophes ont appelé le « déni de la mort ». Celle-ci n’est plus vécue comme le point d’orgue d’une existence bien remplie mais comme une ultime maladie repoussante à repousser au maximum. Le rêve transhumaniste d’empêcher le vieillissement et de réparer indéfiniment le corps humain constitue le paroxysme de ce  cette évolution sociétale conduisant les individus à craindre leur fin dernière et à ne même plus l’envisager. À mon avis, cette anxiété croissante est d’autant moins étrangère à l’ « épidémie » d’Alzheimer que le sens biologique de cette  pathologie est extraordinairement clair: la destruction du tissu neuronal permet d’échapper à l’angoisse et de fuir la réalité pour se réfugier « ailleurs ». C’est la solution parfaite pour affronter la mort sans éprouver la hantise qu’elle suscite ! Il est vrai que la démence sénile permet aussi de perdre la mémoire et d’éviter ainsi le réveil de conflits enfouis. Mais n’est-ce pas seulement  un effet collatéral dissimulant la véritable relation causale ? Pour ma part, l’intelligence de ce « mal-a-dit »  me semble   d’avantage résider dans l’effacement du futur que dans l’oubli du passé. C’est parce que l’échéance approche et que la mort  lui fait terriblement  peur qu’un malade d’Alzheimer débranche les synapses nécessaires à la conscience.
 
À l’appui de mon hypothèse, je pourrais vous raconter la disparition de mon père, emporté en quelques mois par une sorte de dégénérescence cérébrale fulgurante qui a tellement intrigué ses médecins qu’ils ont demandé une autopsie. Lors des épisodes de lucidité qui ont jalonné son agonie, il m’a plusieurs fois confié sa grande peur de mourir. Je trouvais ça bizarre chez un catholique fervent et un grand lecteur de Jean d’Ormesson, mais c’était un fait : mon papa paniquait à l’idée de trépasser et je pouvais voir  cet effroi dans le fond de ses yeux. Les analyses post-mortem n’ayant pas confirmé le diagnostic, je ne peux cependant pas imputer sa mort à Alzheimer. Par contre, je peux baser mon postulat sur un ouvrage publié il y a presque 30 ans : « Le crépuscule de la raison », du Dr Jean Maisondieu. Ce psychiatre français a été confronté aux drames des « déments » séjournant en institution et a tenté de communiquer avec eux. À l’écoute de nombreux patients, il a découvert que ces personnes au cerveau altéré étaient pour la plupart « malades de peur » : la peur de mourir. « En réalité, écrit le médecin, la démence n’existe pas. C’est une maladie imaginaire, l’histoire absurde, liée à la peur de la mort, de miroirs humains qui se regardent, ne veulent pas se voir  et ne peuvent éviter de le faire. (…) Elle est la concrétisation pathologique de l’échec d’une rencontre entre ceux, plus jeunes, qui ont la vie devant eux et ne veulent pas entendre parler de la mort, et ceux, plus âgés, dont la mort barre l’avenir et qui voudraient ne pas savoir. (…) Les vieux sont les reflets effrayants des jeunes et ils s’épouvantent de ne plus être comme leurs descendants qu’ils envient. De ce face-à-face terrible qu’aucun mot ne vient atténuer,  peuvent naître la démence et la souffrance qu’elle promet ».  Pour Jean Maisondieu, c’est donc la société, son culte de la jeunesse et son déni de la mort, qui sécrètent le fléau Alzheimer. Et pour l’enrayer, la seule issue est que toutes les générations abandonnent l’illusion que le chemin n’ait pas de fin et que celle-ci ne soit pas précédée par le déclin. « Nous ne pourrons espérer prévenir (sinon guérir) la démence que dans la mesure où nous accepterons de réintroduire une certaine familiarité avec la mort dans notre vie pour perdre l’illusion tenace qu’elle est un accident qui n’arrive qu’aux autres, les vieux. À ce prix, les vieillards cesseront d’être des épouvantails et nous pourrons apprendre à dialoguer avec eux alors qu’actuellement nous les renions pour ne pas leur ressembler dans l’espoir fou de conjurer le mauvais sort qu’ils représentent. » Selon la jolie formule reprise en couverture du livre, il faudrait « avoir la mort présente à l’esprit pour éviter la mort de l’esprit ».
 
 
À l’époque de sa sortie, Le crépuscule de la raison fut pas mal décrié. On  reprochait au Dr Maisondieu de déconseiller la médicalisation de la démence et de douter de la victoire médicamenteuse. Son crime de lèse-médecine était surtout d’affirmer que la répression  des symptômes était vouée à l’échec puisque le mal pouvait se comprendre comme un « mécanisme de défense » ayant sa logique propre. Pour lui, seule une approche humaniste,   centrée sur la personne et destinée à partager ses angoisses,  offrait une perspective thérapeutique encourageante. Le message serait-il resté lettre morte ? Non pas : le livre a été constamment réimprimé et une nouvelle édition vient encore de sortir chez Bayard en janvier de cette année. Plus réjouissant encore : Jean Maisondieu a fait un émule en la personne du Dr Henri Rubinstein. Dans un livre paru en 2016 (« La vérité sur la maladie d’Alzheimer », Éditions Presses Universitaires de France), ce psychosomaticien spécialiste du système nerveux estime lui aussi que « le déclin progressif de la mémoire, du jugement et la raison est surtout causé par la peur de se voir vieillir, la hantise de la maladie, la terreur de mourir ». Mais l’auteur va encore plus loin que son mentor en expliquant que les alzheimeriens « choisissent » de sombrer dans la démence pour mieux oublier ce qui leur pend au nez. Le suicide du cerveau serait en quelque sorte une solution de survie adoptée par sa partie inconsciente ! Étonnant, non ? On croirait que ces propos sont empruntés à  un  syllabus de biologie totale ou à un ouvrage de médecine nouvelle. Mais Rubinstein n’est pas  vraiment un monsieur Jourdain qui s’ignore : dans son opus décapant, dont j’ai feuilleté quelques pages sur internet,  il compare Jean Maisondieu à Georg Groddeck ! Pour rappel, Georg Groddeck  est un médecin et psychanalyste allemand contemporain de Freud, dont ce dernier dira qu’il était un « analyste incomparable » avant de se brouiller avec lui. Bien avant le Dr Hamer, Groddeck avait deviné que les maladies étaient porteuses d’un sens biologique et qu’elles témoignaient d’un effort du « Ça » (la force vitale) pour guérir un individu de ses conflits. Inutile de vous dire que j’ai commandé le  livre d’Henri Rubinstein et que je vais m’empresser de le lire en entier. C’est manifestement un bouquin qui conforte l’hypothèse selon laquelle la démence sénile  serait la rançon pathologique du déni de la mort, et non la résultante cicatricielle d’une vie excessivement conflictuelle. Si cette deuxième interprétation était valable,  la maladie d’Alzheimer serait effectivement irréversible et incurable. Or ce dogme, commun à la  médecine officielle et à certains « biodécodeurs », est aujourd’hui battu en brèche ! Un médecin américain vient en effet de mettre en point un protocole 100% naturel qui permet d’inverser la dégénérescence cérébrale et de récupérer toutes ses facultés cognitives. Tout comme le diabète de type 2, l’Alzheimer peut parfaitement se guérir ! Le livre dévoilant cette excellente nouvelle et détaillant le programme curatif  vient d’être traduit et sera tout prochainement édité en France. Avec l’accord de l’éditeur, la revue Néosanté en publiera  de larges extraits dans son numéro de mai prochain.  Car s’il s’attache à décrypter « le sens des maux », notre mensuel poursuit également l’objectif de vous informer sur leurs « solutions bio ». Puisse le conjoint nonagénaire de sa gentille épouse attentionnée y trouver des pistes pour retrouver sa tête dans la sage acceptation de sa mortalité.